Une activité sportive « déraisonnable » est-elle dangereuse pour le cœur ?

Les bénéfices sanitaires d'une activité physique faible à modérée et régulière sont formellement prouvés. Toutefois des études montrent que l'endurance "extrême" peut augmenter le risque d'arythmie atriale, peut entraîner des arythmies ventriculaires sévères et peut entraîner une fatigue cardiaque avec intolérance à l'orthostatisme.

Les bénéfices sanitaires de la pratique d'une activité physique (AP) faible à modérée et régulière sont formellement prouvés. Elle diminue de 25% la mortalité et n'a pas d'effet délétère significatif.
L'AP intense est bénéfique sur la mortalité (diminution de 40 à 45%) et la longévité chez les hommes. Il est aussi observé une augmentation de la longévité des sportifs de haut niveau d'entraînement par rapport à la population générale.
Mais des études montrent que l'endurance "extrême" peut augmenter le risque d'arythmie atriale, peut entraîner des arythmies ventriculaires sévères et peut entraîner une fatigue cardiaque avec intolérance à l'orthostatisme. L’apparition ou l'aggravation de plaques athéromateuses coronaires liées à la pratique sportive fait actuellement l'objet d'un débat.

La pratique sportive intensive n'immunise pas contre la maladie coronaire !

Activité physique modérée et régulière : des bénéfices majeurs

L'inactivité physique et la sédentarité comme choix de mode de vie est pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS) la première cause mondiale évitable de mortalité non transmissible. Et les bénéfices sanitaires de la pratique d'une activité physique (AP) modérée et régulière sont formellement prouvés et indiscutables.
 
L'AP est considérée par la Haute Autorité de santé (HAS) comme une thérapeutique non médicamenteuse, aux effets préventifs et curatifs validés, dont la prescription est depuis décembre 2016 légalement recommandée dans toutes les maladies chroniques.
 
L'AP est une "polypill" : le muscle squelettique actif agit non seulement comme un brûleur de calories mais aussi comme un organe endocrine qui libère de nombreuses molécules, les myokines, aux actions locales et générales bénéfiques sur l'ensemble de l'organisme.
 
L'efficacité de l'AP dépend principalement de deux facteurs : sa durée et son intensité.

Des études ont montré une relation entre intensité et durée de l'AP et baisse de la mortalité totale dans la population générale :

  • 60 minutes par jour d'AP d'intensité faible ou modérée réduisent de 25% la mortalité totale
  • et 30 à 40 minutes par jour d'AP d'intensité élevée la diminuent de 40 à 45%.

 
D'autres études montrent des relations de type courbe en J ou en U entre l'AP et la mortalité avec comme facteurs de risque de survenue d'accidents cardiovasculaires l'intensité et la durée de la pratique. Ces auteurs recommandent de bouger, mais pas trop c'est à dire de pratiquer une AP très modérée (jogging lent) 2 fois 30 à 80 minutes ou 3 fois 20 à 55 minutes par semaine ou une AP modérée 30 à 50 minutes par jour.
 
Discussions sur le rapport bénéfices sur risques de la pratique sportive intense.
A l'évidence, les contraintes imposées à l'organisme (et principalement au cœur) par une AP dont l'objectif est d'entretenir son capital santé ne sont absolument pas comparables à celles obtenues par une pratique sportive très intense dont l'objectif est d'atteindre la meilleure performance possible lors de compétitions itératives.
 
Il existe un débat scientifique concernant la tolérance du système cardiovasculaire aux contraintes extrêmes.
En aiguë, il a été observé la notion de fatigue cardiaque après un exercice d'endurance ou d'ultra-endurance avec diminution minime et transitoire des fonctions systolique et diastolique des deux ventricules et élévation fugace des biomarqueurs cardiaques (troponine, BNP). Cette fatigue cardiaque serait liée à un remodelage myocardique associé à de minimes lésions myocardiques à réparation rapide, témoin d'une adaptation du cœur à l'effort intense et très prolongé.
 
En chronique, un entraînement intense et prolongé peut induire des modifications cardiovasculaires cliniques, électriques, morphologiques et fonctionnelles qui sont regroupées sous le terme de cœur d'athlète. Il peut alors être difficile de distinguer ce qui est normal et physiologique permettant d'optimiser la performance sportive de ce qui est anormal voire pathologique.
 
Deux symptomatologies liées au surentraînement ont été observées chez des athlètes pratiquant de l'endurance extrême :

  • l'intolérance à l'orthostatisme avec vertiges, nécessité de s'asseoir ou s'allonger quelques minutes voire fatigue prolongée et difficulté du maintien de la position debout,
  • et le risque de développer des troubles du rythme (arythmies atriales) surtout chez les vétérans (> 50 ans).

Après 45-50 ans, l'endurance intense répétée par le biais de plusieurs facteurs pourrait favoriser le développement de foyers fibrotiques myocardiques pouvant déclencher des arythmies sévères réversibles à l'arrêt de l'entraînement.

La pratique sportive intensive n'immunise pas contre la maladie coronaire.

Ainsi l'analyse systématique par scanner coronaire chez 50 marathoniens "amateurs" de plus de 45 ans a mis en évidence des lésions coronaires (significatives dans seulement 2% des cas) chez 50% des sujets. L’apparition ou l'aggravation de plaques athéromateuses coronaires liées à la pratique sportive fait actuellement l'objet d'un débat.
 
Chez des vétérans endurants asymptomatiques, des IRM systématiques ont détecté parfois des zones de fibrose myocardique dont on ne connait pas les conséquences à long terme.
Il est possible que les "vétérans sportifs de l'extrême" puissent développer une maladie cardiaque d'origine multifactorielle qu'on appelle cardiopathie de Phidippides, en mémoire au soldat de Marathon considéré comme le premier cas de mort subite liée à l'effort. Mais actuellement il n'a pas été décrit d'insuffisance cardiaque sur cœur sain imputable uniquement à la seule pratique d'une activité sportive intense.
 
Il est recensé un très faible nombre de morts subites cardiovasculaires dans les pelotons de sport extrêmes (marathon, ultra-endurance, trail, etc.).
Toutes les études montrent une augmentation de la longévité des sportifs de haut niveau d'entraînement par rapport à la population générale. Une méta-analyse de 10 études (42807 athlètes dont 707 femmes) montre que l'espérance de vie des athlètes (surtout endurants) est augmentée de 4 ans par rapport à la population générale.

Au total, de nombreuses études sur de grandes cohortes montrent que l'AP d'intensité faible à modérée est bénéfique en termes de mortalité chez les hommes et les femmes.

Quelques études sur de grandes populations montrent que l'AP intense est bénéfique sur la mortalité et la longévité chez les hommes. De nombreuses études sur des cohortes de taille moyenne et quelques études prospectives cas/contrôles montrent que l'endurance "extrême" chez les hommes augmente le risque d'arythmie atriale.
 
De rares études transversales, des études mécanistiques et des études expérimentales montrent que l'endurance intense peut entraîner chez les hommes des arythmies ventriculaires sévères.
 
Et de rares études de populations appariées de faible effectif sur un suivi limité, montrent que l'endurance intense peut entraîner une fatigue cardiaque avec intolérance à l'orthostatisme.
Il faut donc proposer (et prescrire) à chacun une activité physique adaptée à ses envies et à son capital santé dont l'âge est une des composantes principales.

Auteur :

GALLOIS Hervé (Dr - Médecin cardiologue)

Pour en savoir plus :

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience sur notre site et pour suivre l'audience. Vous pouvez en savoir plus sur les cookies de ce site et choisir de les activer ou de les désactiver.