La Vape : quelques #FakeNews parfois difficiles à effacer !

Sous la forme de billet d’expert, ce contenu s’appuie sur plusieurs publications et études épidémiologiques pour mettre en garde sur les différents « informations » écrites sur le vapotage et le sevrage tabagique.

Il ne se passe pas une semaine sans que les medias (bien souvent sans vérifier leurs sources) nous abreuvent de nouvelles alarmistes sur la vape, y compris l’Agence France-Presse (AFP).

J’emploierai le terme « vape » plutôt que « cigarette électronique » ou « eCigarette » : en effet, à la différence du tabac, il n’y a pas de combustion, donc pas de fumée, mais un dégagement de vapeur d’eau. Ces nouvelles « à charge », dénoncées par les tabacologues en particulier, entretiennent un climat de défiance et une peur d’utiliser la « vape ». Fin 2019, le Dr Marion Adler (Hôpital Antoine Béclère de Clamart -APHP) avait dénoncé ces rumeurs sans fondement, car de nombreux ex-fumeurs qui vapotaient avaient délaissé leur « vaporisateur personnel ou VP » pour se remettre à fumer du tabac 100% toxique et mortel.

L’usage de de la vape, occasionnellement ou régulièrement, est associé à un risque accru (multiplié par 2) d’infarctus du myocarde

#FakeNews n°1

En juin 2019, Stanton Glantz et Dharma Bhatta publient un article dans le journal de l’American Heart Association (AHA), affirmant que la vape double le risque de faire une crise cardiaque. Ils avaient utilisé les données de l’étude de cohorte PATH (Population Assessment of Tobacco and Health survey) portant sur plus de 32 000 américains suivis entre 2013 et 2014.
Le 14 août 2019, Clive Bates (spécialiste en santé publique et ancien directeur de l’association de lutte contre le tabac ASH ) dénonce sur son blog la méthodologie et les résultats de cette étude.
Brad Rodu (professeur de médecine à l’université de Louisville, aux USA) et Nantaporn Plurphanswat (chercheuse en économie de la santé à l’université de Louisville), qui avaient déjà publié en 2018 sur l’étude PATH, montrent que la majorité des patients ont fait leur infarctus AVANT de se mettre à la vape, en moyenne 10 ans avant. Un détail que Glantz avait omis de préciser : la date de survenue de l’infarctus par rapport à l’arrêt du tabac et le recours à la vape dans un deuxième temps.
Ils contactent les éditeurs en précisant que les résultats sont faux et invalides et leur demandent que la publication soit retirée.
En l’absence de réponse, ils adressent une deuxième lettre qui précisent que « les auteurs savaient que l’infarctus était antérieur au recours à la, vape ».Le 20 janvier 2020, une nouvelle lettre est adressée aux éditeurs, signée par 20 personnalités, parmi lesquelles Peter Hajek, Ann McNeill et Konstantinos Farsalinos.
La réponse a fini par arriver, le 18 février 2020, avec le retrait de la publication. Il aura fallu 6 mois, pendant lesquels de très nombreux ex-fumeurs auront renoncé à la vape.
Sur son blog, le Pr Brad Rodu détaille les fonds reçus par Stanton Glantz pour cette étude : 13,6 millions de dollars.
La question est de savoir s’il doit restituer cette somme, en raison de la falsification des résultats qu’il a publiés.
Et il n’en est pas à son coup d’essai : déjà en 2018, dans une étude publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine, qui portait sur des données des National Health Interview Surveys de 2014 et 2016, il concluait que le recours à la vape quotidienne augmentait le risque d’infarctus du myocarde.

Une épidémie de pneumopathies aux USA chez les utilisateurs de la vape

#FakeNews n°2

« Cigarette électronique : une maladie inquiétante tue 5 personnes aux Etats-Unis – Source AFP » le 6 septembre 2019. « Les recharges des cigarettes électroniques contiennent de nombreux produits chimiques et additifs » peut-on lire.
Le CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, agence fédérale américaine) publie en ligne un communiqué (Rapport hebdomadaire Morbidité et Mortalité) sur « la survenu de pneumopathie lipidique aigüe liée à la cigarette électronique en Caroline du Nord, en juillet-août 2019 ». Plus de 200 cas recensés dans 25 états américains, dont 5 en Caroline du Nord, hospitalisés et guéris après un traitement médical adapté. Dans ce communiqué, les origines réelles étaient bien identifiées, mais non prises en compte : la présence de THC (huile, en particulier) et d’acétate de Vitamine E dans les eLiquides de contrefaçon, achetés dans la rue ou sur internet.
Pourtant, dès le mois d’août 2019, des chercheurs du Centre Wadsworth (Albany – état de New-York) avaient analysé 38 échantillons et alerté les autorités sanitaires (CDC, FDA et autorités locales) sur la présence de l’acétate de Vitamine E, cause de ces pneumonies lipidiques.En France, une alerte « DGS-URGENT » est lancée début octobre, dont Jean-Yves parlera le 8 octobre 2019 sur son blog.
Une alerte sanitaire concernant une épidémie de pneumopathies sévères chez des vapoteurs est en cours aux États-Unis (au 01/10/2019, 1080 cas, dont 18 décès, ont été rapportés). À ce jour, en France, il n’a pas été détecté d’épidémie.
Le Ministère des Solidarités et de la Santé en lien avec Santé publique France, les agences sanitaires, les partenaires du réseau de prévention des addictions et les sociétés savantes de médecine d’urgence, de réanimation et de pneumologie met en place un dispositif de signalement et d’investigation des cas de pneumopathies sévères chez des utilisateurs de dispositifs de vapotage.
Les médecins peuvent effectuer le signalement des cas sur le portail des signalements (dans la rubrique « Effet sanitaire indésirable suspecté d’être lié à des produits de consommation » sous l’intitulé "vapotage & pneumopathie").
Des informations actualisées sur l’alerte américaine sont disponibles sur le site du CDC.
De plus, le dispositif de surveillance active des pneumopathies sévères en lien avec le vapotage est détaillé sur le site de Santé Publique France.

Par ailleurs, les modalités de signalement de tout autre effet inhabituel en lien avec le vapotage, restent identiques (via les rubriques de toxicovigilance ou d’addictovigilance selon les produits consommés ou suspectés).Il faudra attendre le 16 octobre 2019 pour que la Société Francophone de Tabacologie (SFT) donne un communiqué de presse, et le 1er novembre 2019 pour que la SFT et la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) donnent un nouveau communiqué de presse sur la place de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique.
Ce n’est pas par hasard que ces alertes américaines ont eu lieu en 2019 : les ventes de tabac ont chuté depuis 2018, alors que la vape est en augmentation. Ce qui pose de nombreux problèmes à BigTobacco, l’industrie du tabac : British American Tobacco (BAT) a annoncé la suppression de 2 300 emplois dans le monde, et chez Philip Morris International (PMI), les bénéfices ont diminué de 16% au 3ème trimestre 2019.

La vape, porte d’entrée dans le tabagisme

#FakeNews n°3

Même si les études scientifiques, avec des données épidémiologiques à la clé, démontrent le contraire, on entend toujours parler de cette passerelle entre la vape et le tabac. J’en ai parlé sur le site de The Conversation en 2017. Cependant, le succès rencontré au cours des 2 dernières années aux USA par la JUUL, auprès des jeunes en particulier, a renforcé la diabolisation de la vape. Rappelons que la JUUL est un vaporisateur de sels de nicotine fortement dosé (59 mg/ml) jetable, au design très attractif et dont les ventes se sont envolées en 2017 et 2018.
Ce dosage est interdit en Europe, où il pourrait vendu avec un taux maximum de 19,9 mg/ml, identique à celui autorisé pour la vape. Il est cependant plus cher, et donc il ne présente d’avantage supplémentaire. Une étude publiée récemment par Peter Hajek et al. dans Addiction (en ligne depuis le 29 janvier 2020) montre que les taux de nicotine dans le sang sont similaires à ceux du tabac fumé, et supérieurs à ceux des vapes classiques autorisées en Europe : la JUUL convient aux gros fumeurs désirant s’arrêter de fumer, et doit être interdite aux mineurs.
Une publication fin février 2020 de l’OFDT (étude EnCLASS 2018) montre que l’expérimentation de la cigarette électronique est en hausse. « Elle s’est accrue chez les lycéens de 17 points par rapport à 2015. L’usage au cours du mois chez ces derniers est passé de 10,0 % à 16,6 % en trois ans. De la même manière, 5,6 % des lycéens déclarent avoir fumé exclusivement une cigarette électronique au cours du mois (7,0 % des garçons vs 4,2 % des filles), contre 2,7 % trois ans auparavant. Ces résultats laissent entendre que la pratique de la cigarette électronique tendrait, aujourd’hui, à se dissocier de plus en plus de l’usage de tabac en population adolescente ».

La vape, source d’infections bucco-dentaires

#FakeNews n°4

Si la fumée de tabac a un rôle indéniable dans la survenue de maladies du parodonte , de la gencive en particulier, on associe la vape à diverses bactéries et champignons.
La semaine dernière, sur Twitter, on pouvait lire : « en vapant, on dépose des niveaux importants de bactéries dans la bouche, augmentant ainsi le risque d’infection » 
« Il est vrai que arrêter de fumer change le biotope de la bouche et ceci est vrai avec et sans produit ; ceci explique l’excès d’aphte à l’arrêt du tabac » dit le Pr Bertrand Dautzenberg. « De plus, le liquide stérile ne dépose aucune bactérie ».

La liste des #FakeNews est encore longue, il faut reconnaître que la vape est un outil de réduction de risque important : pour le ministère de la santé anglais, le NHS, c’est une réduction de risque de 95% !

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