
N’écoutons plus les sirènes simplificatrices, annonçant des réponses simples à des problèmes complexes ! C’est certes frustrant. Mais, franchement, vous avez vu le fonctionnement d’une cellule, ne serait-ce que d’une cellule ? Et encore, je ne parle pas d’un tissu, d’un organisme entier même. Encore moins d’un être humain !
Oui, mais…
D’un autre côté, la complexité des phénomènes biologiques est telle qu’elle pourrait même aboutir à une véritable volonté de ne pas savoir. C’est la thèse paradoxale d’un Nietzsche, qui fait de l’ignorance la condition même de l’efficacité de l’activité du corps : un capitaine – dit-il pour imager son propos – doit-il connaître le fonctionnement des machines pour amener le navire à bon port ?
Selon cette thèse, ne nous perdons pas dans les méandres du détail : si l’on veut que notre organisme fonctionne correctement, il vaudrait mieux ne pas trop se poser de questions ; et saurions-nous que, de toute façon, nous falsifierions.
C’est comme pour être heureux, le mieux serait de faire au plus simple.
Les chemins de la connaissance
D’un autre côté encore, il y aura toujours des « curieux », ceux pour qui la complexité est plutôt stimulante que rebutante ; et c’est bien normal ainsi.
Cela dit, tous mes vœux à ceux qui étudieront les mécanismes cérébraux régulant la satiété ! Quelques-uns s’y retrouveront, peut-être ; beaucoup s’y perdront, assurément. On parle d’autoroutes de l’information ; on a bien plus l’impression dans le cas présent de chemins de la connaissance tortueux !
Des impasses même parfois
En outre, c’est bizarre, à chaque fois ou presque que l’on fait une expérience d’invalidation d’un gène présumé clé dans le métabolisme, on s’aperçoit qu’il y a au bout du compte peu ou pas de conséquences.
Comment cela, y aurait-il des voies de contournement ? Mais alors, qu’est-ce qui serait important, en définitive ?
Cher savant cosinus, c’est à y perdre son latin…
La vie, mode d’emploi
En définitive, comment pénétrer la complexité en biologie ? Nous ne pouvons en rendre compte qu’en faisant appel à des images, qu’elles soient matérielles ou verbales.
Pour ma part, je prends appui sur l’image du « feu métabolique », avec une analogie entre des bûches et les aliments, pour tenter d’illustrer la transformation des nutriments en calories ; des calories qui ne sont pas stockées ou qui sont, au contraire, éliminées.
Mais ce n’est pas parce que l’image donne à interpréter que l’on interprète nécessairement, et autrement que selon un mode déjà tracé. Ce serait trop simple ! Et disons-le clairement – nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet – : il y a un risque de manipulation.
Une chose au moins est simple
Dans les tentatives de réponse aux interrogations majeures que nous nous posons depuis toujours, il y aura toujours un point de butée : nous n’avons pas créé le monde, nous n’avons pas créé la vie.
L’univers garde, et gardera, ses secrets.
C’est donc sans fin ?
Si l’on en croit cette assertion « Tout ce qui est simple est faux, et tout ce qui ne l’est pas est inapplicable », nous ne pourrions jamais progresser en connaissance.
En réalité, il faut, je crois, comprendre ainsi cet aphorisme de Paul Valéry : tout ce qui est simplifié est faux ; tout ce qui est (rendu) compliqué est inutilisable. La complexité, elle, n’en existe pas moins.
Il serait tellement plus simple de l’assumer !